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Le don et le contre-don

Lucien Faggion , Laure Verdon , et al.

 

Publications de l'Université de Provence, 18 novembre 2010

Le don et le contre-don

Saisis comme un enchaînement de trois obligations (donner, recevoir, rendre), composante de la vie sociale, le don et le contre-don, analysés par Marcel Mauss dès 1922, puis par Claude Lévi-Strauss et Maurice Godelier, sont devenus, depuis les années 1990, des objets à part entière de la recherche en histoire médiévale et moderne dans le cadre de la définition du «lien social».
Les historiens font, en effet, des concepts anthropologiques un usage que l'on peut qualifier de «raisonné». Il ne s'agit pas tant de transposer tels quels à la matière historique des outils et autres modèles explicatifs empruntés à d'autres sciences sociales que d'ouvrir de nouveaux champs de réflexion méthodologiques qui permettent d'aborder différemment les sources. Ainsi en va-t-il notamment du concept de don/contre-don dans son acception fondatrice de l'échange social. Les études menées, par exemple, sur l'échange de biens, matériels ou symboliques, dont les archives monastiques médiévales portent la trace, ont bien montré que, dans le cadre documentaire particulier que sont les contrats agraires (précaires, livelli), le don impliquait toujours la mise en place d'une hiérarchie par l'affirmation d'un pouvoir (c'est la logique d'autorité du don), qui peut constituer la seule fin recherchée. Eliana Magnani Soares, en soulignant combien la logique du don avait fini par imprégner toute forme de transaction contractuelle au Moyen Âge, a mis en exergue, quant à elle, la complexité des pratiques du don et des mécanismes idéologiques qui les sous-tendent. En conséquence l'ethos du don, ainsi que ses pratiques, les modalités de réciprocité (réciprocité généralisée, équilibrée, négative, selon M. Sahlins) contribuent, désormais, à éclairer le fonctionnement des sociétés européennes d'Ancien Régime tout comme la sociabilité des mondes urbains et ruraux, la logique des familles et celle de la constitution des communautés.

Les contributions rassemblées dans cet ouvrage, issues de communications prononcées lors de deux journées d'études organisées en 2006 et 2007 à la Maison méditerranéenne des Sciences de l'Homme d'Aix-en-Provence, ou de personnes sollicitées pour ce projet de recherche, ambitionnent à la fois de donner un aperçu des différents champs actuels d'interprétation historique ouverts par l'usage du paradigme du don/contre-don et de souligner, par la mise en parallèle des méthodes et pratiques des historiens médiévistes et modernistes, les ambiguïtés et les difficultés auxquelles l'historien, quel que soit le type de documentation considéré, peut se trouver confronté dans l'usage heuristique de cette notion. Si le système d'échanges de dons figure, donc, comme un indicateur possible des comportements d'échanges sociaux et révèle les facteurs porteurs de sens et de dynamiques, à travers lesquels se dégagent les relations intersubjectives et leurs rapports avec l'objet de l'échange, l'octroi de dons et de contre-dons, ses circuits (générosité ou grâce du «Prince», aumônes, services, cadeaux, faveurs) semblent tracer des «frontières» de l'échange et du social souples, sujettes à des constantes réévaluations et hypothèses. (extrait de la préface de L. Faggion et L. Verdon)